
Environ 1 500 commerces ont été directement touchés samedi par les casses et pillages en marge de la mobilisation contre la vie chère, selon la Fédération du commerce et de la distribution. Le montant des dégâts atteindrait plusieurs centaines de millions d’euros . Le gouvernement promet de faire payer les casseurs. CCI France redoute « le coup de trop » pour des boutiques déjà fragilisées.
Les commerçants ont découvert l’ampleur des dégâts samedi soir et ce dimanche matin. La journée de mobilisation du 17 octobre contre la vie chère, à l’appel de la CGT, d’organisations de jeunesse et de collectifs de gilets jaunes, a réuni 550 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. En marge des cortèges, souvent pacifiques, des groupes cagoulés ont brisé des vitrines, arraché des rideaux de fer et pillé des magasins. À Paris, les Galeries Lafayette du boulevard Haussmann ont été visées. À Marseille, plusieurs dizaines de commerces ont été dévalisés, dont une boutique Hermès, et un début d’incendie s’est déclaré dans un magasin de sport. À Tours, le magasin H&M a été entièrement vidé par des dizaines d’individus ressortis les bras chargés de vêtements. Lyon, Nice, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand et Bordeaux ont aussi connu des débordements, qui ont parfois visé des bâtiments publics.
« Une facture directe financière très élevée »
S’il est un peu tôt pour évaluer l’ampleur des dégâts, Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), chiffre à 1 500 le nombre de commerçants « touchés directement ». Il évoque « une facture directe financière très élevée », de « plusieurs centaines de millions d’euros ». Également PDG de Carrefour, ce dernier indique qu’une cinquantaine de magasins de l’enseigne ont été touchés, « des grands hypermarchés, des supermarchés et des petits magasins de proximité ». Une vingtaine ont été pillés. Selon lui, « ça se chiffrera chez nous autour de quelques dizaines de millions d’euros pour tous nos partenaires ».
Le bilan humain et judiciaire s’alourdit lui aussi. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé dimanche matin sur X 1 800 interpellations en France, ainsi que plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers blessés, un bilan « malheureusement que provisoire ». À Paris, 517 personnes, dont 171 mineurs, étaient en garde à vue dimanche selon le parquet, majoritairement pour recel de vol, groupement en vue de commettre des violences ou dégradations. Laurent Nuñez se rendra lundi à Marseille.
« Ce n’est ni aux victimes, ni aux contribuables » de payer
Le ministre chargé du Commerce, Serge Papin, a réagi samedi soir sur X. « Casser une vitrine, ce n’est pas défendre le pouvoir d’achat. C’est détruire l’outil de travail de quelqu’un qui se lève tôt, qui paie ses charges et qui fait vivre son quartier. Ce soir, dans toute la France, des commerçants découvrent leur boutique saccagée. Ces violences n’ont rien à voir avec les manifestations pacifiques d’aujourd’hui », a-t-il écrit. Pour lui, « ceux qui ont cassé et pillé doivent être poursuivis et punis, et c’est à eux d’en assumer le coût. Ce n’est ni aux victimes, ni aux contribuables. C’est le sens du projet de loi “casseurs-payeurs”, que le gouvernement défendra ». Il assure aussi aux commerçants touchés que Bercy est « mobilisé » pour les aider. Dimanche matin, le ministre de l’Économie Roland Lescure a confirmé sur Bluesky que le gouvernement et les services de l’État étaient « mobilisés auprès des entreprises et des commerçants affectés ».
CCI France appelle à « une réponse collective et rapide »
La Chambre des Commerces de France (CCI) a dénoncé ce dimanche des violences « inacceptables ». Les saccages ont surtout touché les hypercentres et les grandes artères commerçantes des métropoles. Ils frappent, selon le réseau consulaire, « des entreprises déjà fragilisées par des années de crises successives, par la hausse des coûts et par la baisse de fréquentation des centres-villes ». « Pour nombre d’entre elles, ces dégradations peuvent être le coup de trop », alerte l’organisation. « Nos commerçants n’ont pas besoin de ça. Ils se battent chaque jour pour faire vivre nos villes, et ce sont eux que les casseurs ont pris pour cible. C’est inacceptable », réagit son président, Alain Di Crescenzo. Les CCI réclament « une réponse collective et rapide afin qu’aucun commerçant ne reste seul face aux conséquences de ces dégradations et de ces pillages inacceptables ».
Le Conseil du commerce de France réclame des peines planchers
« Image terrifiante : magasins pillés, vitrines détruites, devantures incendiées, la vitrine France a encore une fois été ciblée », réagit de son côté le Conseil du commerce de France (CdCF). L’association présidée par Guy Gras regroupe une trentaine de fédérations professionnelles et représente 70 % des emplois d’un secteur qui fait travailler 3,6 millions de personnes. « Des années que nous alertons sans véritable réponse », déplore-t-elle. « Nos commerces sont épuisés, atterrés, dépités. Nous ne savons plus comment nous faire entendre, ni en amont pour demander la protection de nos commerces, ni après les défilés, pour que l’outil de travail soit réparé. » Le CdCF demande au gouvernement d’activer en urgence la cellule interministérielle sur la sécurité des commerces. Il réclame aussi des peines planchers pour les récidivistes, afin que les atteintes aux commerces fassent l’objet d’une « réponse systématique, rapide et dissuasive ». Il souhaite enfin que les commerçants puissent recourir pleinement aux outils numériques de prévention et de protection. « La vitrine France mérite mieux que pillages, destructions et abandons », conclut-il.
Emmanuel Macron s’exprimera ce soir
Sous la pression des oppositions et de plusieurs maires, qui mettent en cause la gestion du maintien de l’ordre, Emmanuel Macron réunit les ministres concernés à 17 h 30 à l’Élysée et s’adressera « solennellement aux Français » à 20 h. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, proposera mardi la création d’une commission d’enquête parlementaire sur ces violences et sur la stratégie de maintien de l’ordre. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, réclame de son côté la démission de Laurent Nuñez, qu’elle juge « manifestement dépassé par la situation ».
C.Bu

