
Face au retour de l’inflation et aux arbitrages serrés des ménages français, le secteur agroalimentaire refuse de renoncer à l’innovation. À l’approche du Sial, industriels et distributeurs misent sur des produits plus accessibles, ciblés et fonctionnels, sans oublier l’exotisme, la gourmandise et la santé : des moteurs de créativité qui séduisent les consommateurs de toutes les générations. Par Cécile Buffard
À quelques jours de l’ouverture du Salon international de l’agroalimentaire (Sial), qui se tiendra à Paris-Villepinte du 17 au 21 octobre, l’innovation est à l’honneur. Selon le nouveau directeur du salon, Jean-Gabriel Mollard, cette édition 2026 s’annonce sous de « très bons auspices » avec près de 8 000 exposants, 280 000 m² et 300 000 professionnels attendus, un record. Elle intervient pourtant dans un contexte morose. Après avoir perdu en moyenne 1 200 € depuis 2024, selon l’IFE (L’Institut français d’économie), les familles subissent la hausse des prix du carburant et de l’énergie. L’inflation sur les produits alimentaires pourrait repartir après les négociations commerciales 2027, « à hauteur d’a minima 2,5 % en moyenne : de quoi potentiellement fragiliser la consommation », annonce Emily Mayer, directrice des études chez Circana. Pour l’heure, la grande distribution résiste : elle a enregistré une année 2025 record (+ 2,4 % en valeur et + 1,8 % en volume), puis un premier semestre en hausse. Elle profite du report de la restauration hors foyer vers le domicile et de la canicule sur les glaces, les boissons et les produits frais. Cette stabilité masque des fragilités. « La croissance historique de la grande distribution reste en partie conjoncturelle », souligne Nicolas Léger, directeur Customer Insights chez NielsenIQ. Depuis le début de l’année, l’inflation sur les produits de grande consommation s’établit à -1,1 %, autour de -1 % chaque mois depuis les dernières négociations. Mais la stabilité du panier masque de forts écarts. Le café (+ 3,5 % sur un an en septembre), le chocolat en tablette (+ 5 %), les sodas ou la viande continuent d’augmenter après quatre années de hausses. À l’inverse, le sucre et l’huile, fortement renchéris pendant le Covid, reculent nettement. Une nouvelle poussée inflationniste liée à l’énergie, aux conflits géopolitiques ou au climat n’est bien sûr pas exclue. Les récoltes de pommes de terre, en baisse de 23 % après les fortes chaleurs, pourraient faire monter les prix. Idem pour l’emballage et le transport, dont la hausse des coûts devrait peser sur certains produits, comme les fruits en conserve ou les surgelés. Nicolas Léger anticipe une nécessaire péréquation : « les distributeurs devront relever les prix de certaines catégories tout en cherchant à en protéger, voire à en réduire, d’autres », soutient-il.
L’innovation, levier de valorisation Les préoccupations sur le pouvoir d’achat ne freinent pourtant pas l’innovation. Au contraire, elle n’a jamais généré autant de chiffre d’affaires depuis quatre ans. « Ce n’est contradictoire qu’en apparence : le consommateur fait des choix. Il rogne sur les catégories où il ne voit pas d’intérêt à payer plus cher, mais reste prêt à mettre le prix sur les catégories plaisir ou les produits porteurs d’un bénéfice », analyse Nicolas Léger. Au Sial, 2 770 innovations ont candidaté cette année, pour 775 produits sélectionnés, présentés sur l’espace SIAL Innovation. « La participation française est particulièrement forte cette année, avec plusieurs produits






