
Depuis le 1er juillet, l’Union européenne taxe les petits colis importés de 3 euros par catégorie d’article. Un dispositif harmonisé, inspiré notamment par l’expérience française, pour encadrer l’essor du e-commerce extra-européen.
Au 1er juillet 2026, l’Union européenne a mis en place un droit de douane forfaitaire de 3 euros par catégorie d’article pour les petits colis importés d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros. Cette réforme, adoptée lors du Conseil ECOFIN du 12 décembre 2025, s’inscrit dans le prolongement direct de l’initiative française : Paris avait plaidé pour une réponse commune face à l’essor des envois à bas coût issus du commerce en ligne en provenance de pays tiers, jusqu’ici largement exonérés de droits de douane.
L’expérience française a montré l’ampleur du problème. En quelques mois, la taxe nationale de 2 euros a confirmé qu’un prélèvement sur les petits colis pouvait être techniquement mis en place, mais elle a aussi révélé la fragilité d’une mesure limitée à un seul pays. Dans un marché unique où les marchandises circulent librement, les plateformes et intermédiaires logistiques ont pu adapter leurs circuits afin d’éviter le point d’entrée français.
Vers une harmonisation européenne
Le droit de douane de 3 euros sera acquitté par les plateformes de vente en ligne pour chaque catégorie d’article contenue dans les colis concernés. Il ne s’agit donc pas d’un prélèvement unique par colis : si un envoi contient plusieurs types de produits relevant de catégories différentes, le forfait s’applique à chacune d’elles. L’Union européenne percevra ces droits et reversera 25 % des recettes au pays qui réceptionne et dédouane physiquement les marchandises.
La taxe française, entrée en vigueur le 1er mars 2026, devait constituer un signal fort en faveur des commerçants nationaux confrontés à l’afflux de produits à très bas prix, notamment en provenance d’Asie. Elle visait aussi à démontrer qu’il était possible de faire contribuer les acteurs extra-européens aux coûts liés au contrôle et au traitement de ces flux massifs de colis.
Or, l’exemple français a rapidement mis en évidence un effet de bord majeur : le contournement. Pour éviter la taxe nationale, certains vendeurs étrangers ont réorienté leurs envois vers d’autres États membres, avant d’acheminer les marchandises vers la France par la route. En pratique, la taxe perdait une partie de son efficacité dès lors que le colis n’entrait plus directement sur le territoire français. Une faille qui justifiait l’harmonisation européenne, en appliquant le même droit dans les 27 États membres, l’Union entend supprimer les avantages liés au choix du pays d’entrée et refermer les échappatoires logistiques.
Pour les commerçants français, cette transition sonne comme un recul : la mesure nationale, très attendue, disparaît ainsi au profit d’un mécanisme commun dont l’efficacité dépendra de la capacité des États membres à contrôler les flux et à appliquer uniformément les nouvelles règles.
Rééquilibrer la concurrence
L’instauration de ce droit vise à supprimer l’avantage concurrentiel dont bénéficiaient les vendeurs extra-européens, souvent accusés de concurrence déloyale. « Parce que nous avons montré que faire payer ces acteurs qui pratiquent la concurrence déloyale était possible, nous avons été suivis par l’Europe », s’est félicité Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat.
David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, a salué l’action de la Douane française, qui multiplie les contrôles pour protéger consommateurs et commerçants : « La France sera gagnante : les petits colis jusqu’à présent exonérés de droits de douane seront désormais imposés, et ce dans un cadre harmonisé au niveau européen. », a-t-il réagi.
À partir du 1er novembre 2026, une redevance européenne pour frais de gestion, appelée Union Handling Fee, viendra compléter le dispositif. Elle doit permettre de couvrir les coûts administratifs et opérationnels liés au contrôle et à la gestion des flux de petits colis à l’échelle de l’Union européenne. Ses modalités précises seront arrêtées dans les prochains mois.
Un impact sur les consommateurs et les plateformes
Pour les consommateurs, la mesure pourrait se traduire par une hausse du prix final de certains achats effectués sur des plateformes extra-européennes. Le coût dépendra du contenu du colis et du nombre de catégories d’articles concernées. Pour les plateformes, l’enjeu est plus structurel : elles devront intégrer ce prélèvement dans leur modèle économique, adapter leurs circuits logistiques et limiter les pratiques de fractionnement ou de sous-évaluation qui avaient prospéré sous l’ancien régime.
C.Bu



