
Le point de vue d’Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision chez Xerfi
Points de Vente : Quelles vont être les conséquences économiques de la guerre en Iran ?
Alexandre Mirlicourtois. La guerre en Iran a un impact diffus mais réel sur l’ensemble de l’économie, en particulier sur les biens de consommation. Cet impact ne se fait pas de manière uniforme : il agit plus directement et plus rapidement sur certains postes, au premier rang desquels le transport et l’énergie. Le renchérissement du coût du transport constitue l’un des premiers canaux de transmission du choc. La hausse des prix du carburant se répercute quasi immédiatement à la pompe. En région parisienne, le gazole atteint ainsi des niveaux élevés, autour de deux euros le litre. Les entreprises peuvent absorber une partie de ces surcoûts, mais seulement de façon limitée : une part significative finit par être répercutée sur les prix de vente, alimentant les tensions inflationnistes.
À cela s’ajoute l’impact du gaz sur les ménages. Environ six millions de foyers sont concernés par des contrats dont les prix sont indexés sur les cours du gaz. La flambée des prix se traduit donc directement par une hausse de la facture énergétique. En l’espace d’un mois, les prix du gaz ont doublé, atteignant des niveaux très élevés, proches de 300 € le mégawattheure dans un contexte de guerre et de fortes tensions sur les marchés. Aucune amélioration notable n’est attendue à court terme, notamment d’ici l’été. Le baril de pétrole, de son côté, devrait se maintenir dans une fourchette élevée, autour de 100 à 110 dollars. L’électricité apparaît relativement moins impactée, sans pour autant être totalement épargnée.
Cela va-t-il impacter la consommation ?
L’ensemble de ces hausses s’additionne et exerce une ponction directe sur le pouvoir d’achat des ménages. Il s’opère un véritable transfert en valeur : le budget consacré à l’énergie gonfle mécaniquement, au détriment des autres postes de dépense. Les marges de manœuvre se réduisent, et l’ajustement est quasi automatique.
Au-delà des effets strictement budgétaires, le contexte géopolitique et financier génère un climat d’inquiétude et d’anxiété qui pèse sur la consommation. Cette inquiétude se reflète dans le climat de confiance des ménages. Face à l’incertitude, les comportements deviennent plus prudents : on épargne davantage, on diffère certaines dépenses, on met de l’argent de côté. Les dépenses alimentaires, en revanche, offrent peu de possibilités d’arbitrage.
Les premiers secteurs touchés sont ceux des loisirs et des biens discrétionnaires. On observe des arbitrages marqués entre les circuits de distribution : montée en puissance du hard discount, recherche de gammes plus économiques, baisse en gamme sur de nombreux produits. De manière générale, les ménages se serrent la ceinture sur les biens et les loisirs. Plus le conflit dure, plus cet effet d’enfoncement risque de s’accentuer.
Quels sont les risques d’approvisionnement pour les entreprises françaises ?
Ils restent limités pour les biens de consommation courante, qui ne dépendent pas massivement de cette zone. Le principal poste sensible concerne les fertilisants, avec des répercussions potentielles sur l’agriculture. Néanmoins, il n’y a pas de panique à court terme ni d’impact majeur immédiat. La véritable inquiétude porte davantage sur la demande : si la confiance décroche durablement, le risque est celui d’un ralentissement plus marqué de l’activité. La guerre en Iran agit comme un choc énergétique et psychologique : elle renchérit les coûts, érode le pouvoir d’achat et fragilise la confiance, avec des effets en chaîne sur la consommation, les loisirs et certains secteurs clés de l’économie.
C.Bu













