
Paiement fractionné, virement instantané, plateforme européenne : le secteur monétique poursuit sa mue. Tour d’horizon d’un secteur en pleine recomposition, entre nouveaux usages, réglementation resserrée et course à l’omnicanal. Par Cécile Buffard
Le paiement français pèse 1 310 Mds$ (1 145 Mds€) en 2026, un montant appelé à grimper jusqu’à 1 450 Mds$ (1 268 Mds€) d’ici 2031, selon une croissance annuelle moyenne de 2,05 %, d’après les estimations du cabinet Mordor Intelligence. Sur le seul e-commerce, les ventes en ligne ont atteint 196,4 Mds$ en 2025, en hausse de 7 % sur un an, pour 3,2 milliards de transactions et 42,2 millions de cyberacheteurs, selon le bilan annuel 2026 de la Fevad. Le panier moyen s’établit à 62 euros. Si la carte bancaire demeure le mode de règlement dominant, avec plus de 60 % des transactions, le virement instantané, les wallets et le paiement fractionné déplacent progressivement les équilibres. 51 % des cyberacheteurs ont déjà eu recours au fractionné, dont 77 % pour un règlement en trois ou quatre fois. 86 % jugent déterminante la présence de plusieurs solutions de paiement au moment de payer. Autant de signaux qui expliquent pourquoi les acteurs de la monétique investissent dans la diversité des moyens de paiement.
Fin de règne pour la carte bancaire ? La carte bancaire n’est donc plus la seule à structurer les usages. Selon le rapport 2024 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), adossé à la Banque de France et publié, le paiement mobile pèse 15 % des paiements par carte en point de vente et le virement instantané représente 10 % des virements émis. Ces deux usages ont porté la croissance globale des paiements scripturaux, en hausse de 5,2 % en nombre d’opérations et de 3,4 % en montants échangés sur l’année. Le grand mouvement de fond de l’année reste le développement du virement instantané et de Wero, la solution paneuropéenne portée par EPI (European Payments Initiative) qui a remplacé Paylib en France. Ce virement SEPA instantané, déclenché via un simple numéro de mobile ou une adresse mail sans IBAN, s’exécute en moins de dix secondes et sans frais. Il revendique plus de 55 millions d’utilisateurs, dont 72 % en France, selon les données communiquées par EPI mi-2026. Sa prochaine étape, l’arrivée dans l’e-commerce à l’automne 2026 avec des plafonds pouvant atteindre 100 000 € par transaction, doit faire basculer l’outil du pair-à-pair vers le commerce. Air France, E. Leclerc, Orange-Sosh, Veepee ou encore la DGFIP ont déjà signé pour l’accueillir. Chez Mollie, plateforme de gestion financière fondée à Amsterdam, déployée dans une trentaine de pays européens, la montée en puissance des wallets confirme l’accélération des usages mobiles. « Les wallets sont devenus une brique clé du paiement en ligne. Apple Pay et Google Pay ont plus que doublé en quatre ans et représentent aujourd’hui 20 à 30 % du checkout chez les commerçants français », relève Adrien Dupuis, directeur général France de Mollie. La fintech, qui s’est engagée à investir 350 M€ au cours des cinq prochaines années pour développer ses produits, ses services, ses infrastructures et ses équipes dans toute l’EEE, vient d’annoncer l’intégration d’Alma, pure player du paiement fractionné, à son offre (voir encadré). « Chez les jeunes, les budgets augmentent en même temps que l’essor du BNPL », note-t-il, tout en rappelant que la carte bancaire conserve toutefois une place centrale, portée par le besoin des consommateurs de disposer d’une solution unique et éprouvée.
Le BNPL, nouvel outil de gestion budgétaire Le paiement en plusieurs fois continue sa percée fulgurante. La cinquième édition du baromètre Floa x Kantar sur les usages de paiement en Europe révèle que 69 % des Français y ont désormais recours, un niveau stable qui traduit la maturité du marché. L’usage varie fortement selon les générations, puisqu’il concerne 81 % des moins de 40 ans contre 63 % des plus de 40 ans, avec une appropriation plus marquée chez les actifs et les foyers avec enfants. « Le paiement en plusieurs fois s’impose désormais comme un véritable outil de gestion budgétaire. Pleinement intégré aux décisions d’achat, il aide les consommateurs à mieux organiser leurs dépenses. L’IA vient renforcer cette dynamique en apportant de nouveaux repères pour comparer et arbitrer, traduisant l’évolution vers une consommation plus sélective et mieux informée », résume Marc Lanvin, directeur général adjoint de Floa. Selon Kantar, les utilisateurs y voient d’abord une manière d’étaler un achat planifié ou d’absorber une dépense imprévue. L’intelligence artificielle commence, elle aussi, à s’inviter dans les arbitrages d’achat : un tiers des Français se disent prêts à l’utiliser pour comparer les prix ou dénicher des produits moins chers, et près d’un quart de la génération Z souhaiterait qu’elle propose d’étaler une dépense pour éviter un découvert. La délégation totale reste toutefois marginale : seuls 5 % des sondés accepteraient de laisser une IA gérer leurs achats de façon autonome. L’étude paneuropéenne 2026 de Younited, menée auprès de 3 000 répondants en France, en Espagne et en Italie, dresse un constat




