
Le ministre délégué au commerce, aux PME et au pouvoir d’achat a été auditionné le 20 janvier par la Commission des affaires économiques du Sénat. Au programme : pouvoir d’achat, négociations commerciales, Shein…
Lors de son audition devant la Commission des affaires économiques du Sénat, Serge Papin a fait le point sur les tensions qui pèsent aujourd’hui sur la distribution alimentaire, de l’agriculture au consommateur. Pouvoir d’achat, inflation, concurrence déloyale de certaines plateformes de e-commerce étrangères, négociations commerciales, prix du lait, centrales d’achat européenne ont été décryptés.
Le pouvoir d’achat, un sujet prioritaire mais complexe
Pour Serge Papin, la question de l’augmentation du pouvoir d’achat des Français est une attente forte. « Mais le sujet est complexe, précise-t-il. Nous sommes face à des paradoxes : les consommateurs veulent acheter au meilleur prix et les producteurs, eux, doivent vivre dignement de leur travail. Comment concilier à la fois les prix bas et le juste prix ? Les consommateurs veulent également les produits sûrs et de qualité. Comment concilier ce qui est bon pour le porte-monnaie ce qui est bon pour la santé et l’environnement ? ». Il observe que dans un contexte d’incertitude, les Français aspirent aussi à épargner. « Le pouvoir d’achat est donc de nature transversale et appelle les réponses à la fois économiques, mais aussi sociales », ajoute-t-il en précisant que la France détient le taux d’épargne plus élevé d’Europe, à quasiment 20%, alors qu’en vitesse de croisière, la tendance devrait se situer autour de 15 ou 16%.
Serge Papin tient toutefois à rappeler que le pouvoir d’achat a progressé de 0,8% en 2025, même si l’effet n’est pas ressenti dans la réalité. « Tout simplement parce que les Français regardent d’abord ce que sont les prix dans les supermarchés, là où ils vont plusieurs fois par semaine pour faire leurs courses. Or, les prix dans l’alimentation, les prix ont augmenté de 1,7% sur l’année en moyenne, avec de fortes disparités selon les catégories », souligne-t-il, le café, les chocolats ou les viandes ayant subi des augmentations plus fortes.
Négociations commerciales : 80% des PME ont trouvé un accord
En pleine négociations commerciales, le ministre a rappelé qu’une charte a été signée, fin décembre, par les fournisseurs et les distributeurs afin d’instaurer des règles de bonnes pratiques : « Elle a permis de mieux prendre en compte la fragilité de nos PME avec l’avancement de la fin des négociations pour elles. Nous ferons un bilan complet à la fin de la campagne en 2026, mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’il y a 80% des PME qui ont trouvé un accord. Ce sont des choses qui n’existaient pas de cette manière-là l’année dernière. Donc de ce point de vue, la charte fonctionne. » Le ministre milite pour la mise en place de contrats pluriannuels, « qui sont la meilleure façon de sortir d’un rapport de force permanent lors des négociations annuelles. Cela détruit de la valeur à long terme et nous devons penser sur le temps long ».
Lors d’un comité de suivi des négociations commerciales la veille, qui a permis de faire un point d’étape sur les prix qui s’appliqueront en grande distribution dans les 12 prochains mois, Serge Papin a renouvelé sa confiance dans le cadre juridique « qui, malgré ses limites, reste essentiel. Je pense notamment à la sanctuarisation de la matière première agricole qui permet la construction d’un prix en marche avant. Heureusement que nous avons mis en place Egalim ». Le ministre dit craindre pour le secteur laitier où le lait est aujourd’hui payé 47 centimes d’euros le litre. « C’est mieux qu’en Allemagne où le prix est de 37 centimes », estime-t-il. Ce à quoi le sénateur Daniel Gremillet a apporté une nuance en soulignant que le prix du lait atteint 469€ les 1 000 litres en France, contre 516 € en Allemagne et 527€ en moyenne dans l’Union européenne.
Concurrence déloyale des plateformes asiatiques
Concernant la défense de l’économie de proximité, Serge Papin a alerté sur « deux menaces majeures. La première vient de l’étranger, plus largement d’une mondialisation dérégulée. Je pense notamment aux plateformes étrangères qui exercent une concurrence manifestement déloyale en France mais aussi en Europe ». Les résultats publiés par la DGCCRF sont sans appel a rappelé le ministre : tous les contrôles réalisés sur les jouets ont montré que 90% d’entre eux étaient non conformes et 60% étaient dangereux, « en particulier parmi les produits à bas prix originaire d’Asie. Il s’agit à la fois d’un enjeu de sécurité, d’un enjeu de concurrence déloyale, ainsi que d’un enjeu de survie pour notre commerce de proximité ».
Serge Papin a évoqué le « bras de fer », engagé avec Shein après la découverte de la vente de produits illicites sur sa plateforme, comme des produits pédopornographiques, des armes ou des médicaments. « Face à cela notre ligne est simple : sanctionner et bloquer ». Pour cela des actions judiciaires et pénales ont été mises en place. Une audience en appel est prévue le 5 février devant le tribunal judiciaire de Paris pouvant conduire à la suspension de la plateforme. Des actions administratives ont également été déployées, fondées sur le code de la consommation, « puisqu’il y a un côté systémique dans la non-conformité des produits vendus sur ces plateformes. De mon point de vue, il doit y avoir une responsabilité portée par ceux qui mettent en marché sur ces plateformes, a-t-il souligné. Et puis bien sûr il y a une mobilisation européenne indispensable face à ces acteurs qui contourne nos règles. Nous avons mobilisé les pays européens sur ce sujet ».
C’est dans cet esprit qu’une une taxe sur les petits colis de 2€ devrait être mis en place dès le mois de juillet, à laquelle s’ajoutera les 3€ de droits de douane européens, soit 5€ au total par colis. Ce qui sera sans doute dissuasif, «la moyenne du prix des articles dans ces colis est de 3,33€ ».
La seconde menace évoquée par Serge Papin, plus diffuse, mais tout aussi préoccupante, vient de l’Intérieur : « A la crise d’une mondialisation dérégulée s’ajoute aujourd’hui une crise de la transmission. Dans les 10 prochaines années près de 500 000 entreprises devront trouver un repreneur. »
Les alliances européennes à l’achat surveillées
Concernant les centrales européennes, Serge Papin a évoqué Concordis, l’alliance à l’achat entre Carrefour et Coopérative U, où aujourd’hui « il y a 40 fournisseurs, pas plus, et aucune PME, aucune ETI. Ils ont même enlevé Savencia ou Bonduelle. Il ne reste plus que les grands groupes. ». Face au risque de contournement d’Egalim, le ministre a assuré que tout ce qui est franco-français n’est pas négocié à l’échelle de l’Europe. « J’y regarde de près et ils y sont engagés », a-t-il assuré. Et la DGCCRF veille, également, à la bonne application d’Egalim au sein des centrales européennes.
C.B.
