
Face à l’avalanche de réglementations environnementales, Les Mousquetaires opèrent une transformation de leur politique énergétique. Sous la houlette des Énergies & Achats Non Marchands, le pôle transition énergétique propose une approche centrée sur le retour sur investissement et la souveraineté économique des adhérents et du Groupement.
La transition énergétique est ancrée au sein de la direction des EANM depuis deux ans. Le choix de loger l’énergie aux ANM traduit une volonté de traiter la contrainte écologique par le prisme de la performance commerciale. Sur les 3 milliards d’euros d’achats, 500 millions d’euros sont effectués par le pôle transition énergétique qui conçoit et déploie des solutions massives pour l’amont (les usines, bases logistiques et sièges sociaux) et l’ensemble des points de vente de toutes les enseignes du Groupement.
Pour mener de front ces chantiers complexes, l’équipe transition énergétique s’appuie sur une structure resserrée et très spécialisée. Elle intègre deux acheteurs experts dédiés aux infrastructures lourdes, un acheteur pour les bornes de recharge et un acheteur pour le photovoltaïque. Ils travaillent en étroite synergie avec le pôle « achat d’électricité », garantissant la cohérence globale de la politique énergétique du Groupement. Le fonctionnement en miroir avec les adhérents via le système du tiers-temps agit comme un comité de validation pragmatique.
« Chaque adhérent doit s’approprier les informations du siège pour pérenniser sa PME. Face à la concurrence, notre priorité absolue reste le commerce et le discount. Si le pôle énergie nous apporte des solutions clés en main qui garantissent du business sans impacter notre trésorerie, le Groupement est gagnant », analyse Christophe Rouhier, adhérent Bricomarché à Castelnaudary et administrateur aux EANM.
La priorité absolue reste le commerce et le discount
« Le tiers-temps, c’est la caution, poursuit Aurélien Casseleux, directeur de projets transition énergétique chez Les Mousquetaires. L’adhérent que tu vois le mardi et le mercredi est le garant de la cohérence entre les projets menés et les besoins et attentes des adhérents en point de vente. Son rôle est de valider. Il nous ramène tout le temps au pragmatisme du terrain. »
Décret Tertiaire, obligations sur les parkings, réglementation des fluides… La mission principale du pôle consiste à prendre une législation complexe et à la traduire en outils facilitateurs pour des patrons indépendants et libres de leurs choix. C’est ici que la capacité de négociation prend toute son importance. La direction a mené de vastes appels d’offres pour concevoir des contrats-cadres solides, à l’image des accords d’électricité combinant blocs et marchés « spot » valables jusqu’en 2028, ou encore les contrats de tiers-investissement pour les infrastructures photovoltaïques et les bornes de recharge pour véhicules électriques.
L’approche originale du concept « Fabpark »
Ce déploiement nécessite également une bonne dose de créativité. Pour éviter de perturber l’activité des magasins, le pôle a imaginé des approches originales comme le concept « Fabpark ». « L’idée est de regrouper l’ensemble des travaux du parking avec l’installation simultanée des bornes de recharge et des ombrières photovoltaïques. L’adhérent peut aussi profiter de ces projets réglementaires pour développer son commerce avec une offre de services adaptés aux attentes de sa zone de chalandise », indique Aurélien Casseleux. Plus de 800 stations en charge rapide sont signées et vont être déployées dans les mois à venir et viendront se rajouter aux 300 déjà existantes, soit 500 projets supplémentaires pour des mises en service en 2028.
Le basculement vers la transition énergétique ne s’est pas fait par le biais de discours sur la RSE mais par une argumentation rigoureuse axée sur la rentabilité financière et la défense du pouvoir d’achat. Le message adressé à chaque adhérent se veut limpide. Chaque euro économisé sur la facture d’électricité est un euro réinjecté dans la guerre des prix. « Mon défi était de trouver les arguments en parlant retour sur investissement, de dire très directement aux adhérents : « Nous avons travaillé le projet en pensant à toi et tu vas gagner de l’argent », raconte Christophe Rouhier. « En baissant la facture d’énergie des magasins, nous permettons à l’adhérent de réinjecter ces économies dans sa politique de discount et dans les prix pratiqués pour les clients. »
La transition énergétique s’articule autour de trois piliers techniques
Sur le terrain, la transition énergétique s’articule autour de trois piliers techniques majeurs, à commencer par le froid. « Il représente 50 % des investissements d’un magasin alimentaire et 55 % de ses charges courantes », rappelle Aurélien Casseleux. Le rôle du pôle est ici critique en raison de l’interdiction réglementaire de certains fluides frigorigènes à l’horizon 2030. L’enjeu est d’accompagner l’adhérent au moment opportun, notamment lors des transmissions de points de vente, pour moderniser les centrales et valoriser l’actif commercial.
Le second pilier est le photovoltaïque. Face à l’obligation d’équiper les parkings en ombrières, les ANM ont fait preuve de finesse en négociant massivement des audits d’exonération à bas coût auprès de bureaux d’études. Cette démarche rend les sites conformes à la législation et permet de redimensionner les projets sur-mesure.
Le troisième pilier concerne les bornes électriques (IRVE), dont le déploiement s’accélère via une stratégie massive en tiers-investissement. Conscient des risques d’obsolescence et de vols de câbles, le pôle protège le capital des adhérents en privilégiant des modèles où le tiers-investisseur finance l’installation globale (ce qui représente 700 millions d’euros pour le Groupement) en échange de loyers garantis. « Sur le photovoltaïque et l’IRVE, la loi nous poussait à investir des sommes folles, parfois plus d’un million d’euros par parking. En négociant des solutions en tiers-investissement à hauteur de 1,1 milliard d’euros pour le Groupement, le pôle énergie permet de mettre nos sites en conformité sans que les adhérents n’aient à débourser le moindre centime de capex », complète Christophe Rouhier.
Avancée autonome sur les outils de simulation énergétique
Le succès de ces chantiers énergétiques dépend aussi de la capacité du pôle à naviguer entre les différentes entités des Mousquetaires. La collaboration est quotidienne avec les comités de direction des enseignes Alimentaires (Intermarché et Netto), Équipement de la Maison (Bricomarché) et Mobilité (Roady) relais pour valider les stratégies et embarquer les adhérents sur les sujets énergétiques. De même, des ponts permanents sont jetés avec les directions concepts pour intégrer nativement des équipements performants et la gestion technique du bâtiment. La relation avec d’autres directions de grande taille, comme la Stime, la filiale informatique du Groupement qui compte plus de 1 200 collaborateurs, nécessite de l’agilité.
La Stime évoluant sur des cycles logiciels lourds pour les systèmes de caisses et les réseaux globaux, le pôle transition énergétique doit faire preuve de souplesse et avancer de manière autonome sur ses propres outils digitaux pour maintenir un rythme de déploiement rapide. « Nous avançons en autonomie sur nos outils de simulation énergétique, indique Aurélien Casseleux. Chez Les Mousquetaires, si tu as une idée et qu’elle génère du business, tu peux la développer. » Charge à lui et son équipe de transformer les contraintes législatives en levier de compétitivité commerciale pour l’avenir des Mousquetaires.
















