
Face à la multiplication des aléas climatiques de plus en plus marqués, l’adaptation devient un enjeu stratégique complémentaire à la décarbonation. Pour accompagner les acteurs du commerce et de la distribution dans leur passage à l’action, Perifem a créé un référentiel opérationnel. Une première, tous secteurs confondus. Par Catherine Batteux
► Perifem dévoile 24 fiches de solutions concrètes et chiffrées pour faire face à 5 aléas majeurs : vagues de chaleur, inondations, tempêtes, grêle et feux de forêt.
► 1 € investi en prévention permettrait d’éviter, en moyenne, 4 € de dommages (CCR).
► France Assureurs estime à 35 % le surcoût des assurances liées au changement climatique d’ici 2050.
► Selon Bureau Veritas France, les dommages causés aux infrastructures par les aléas climatiques en Europe sont estimés à 300 Mds € pour les dix prochaines années. La France est identifiée comme le pays le plus exposé avec 58 Mds€ de perte d’infrastructures attendues.
► À l’été 2026, la sécheresse des sols en France a atteint des niveaux historiques, touchant 65 à 77 % du territoire national au plus fort de la période estivale (Météo France). 61 % des nappes phréatiques affichent un niveau inférieur à la normale à l’entrée de l’automne.
► 45 °C constants pendant plusieurs jours de suite à partir de 2030.
► Météo France prévoit que les 50 °C en été seront atteints localement à l’horizon 2050 (selon des projections sur une TRACC à + 2,7 % en 2050). D’ici 2050, les vagues de chaleur seront 5 fois plus fréquentes et durables, de mi-juin à mi-septembre. Avec un risque de feux de forêt multiplié par 2 en nombre de jours à risque élevé, et multiplié par 4 en surface brûlée avec un mois supplémentaire de sol sec. Les pluies intenses augmenteront de 10 % d’intensité, aggravant le risque d’inondation. A l’inverse, on s’attend à une baisse de -10 % des cumuls de pluie l’été, causant des sécheresses des sols plus longues et plus intenses (24 jours supplémentaires en moyenne).
Il y a urgence et l’été 2026 l’a confirmé. Canicules, sécheresses, feux de forêts… mais aussi inondations, tempêtes, grêle avec une autre saisonnalité… La nouvelle réalité climatique impose aux activités économiques de s’adapter. Un enjeu stratégique, complémentaire aux efforts de décarbonation déjà engagés. Pour accompagner les acteurs du commerce et de la distribution, Perifem a dévoilé, à l’occasion de son Village de l’Adaptation le 13 octobre, labellisé Journée nationale de la résilience, le 3e volet de son guide sectoriel consacré aux espaces commerciaux. Après « comprendre » les risques (avril 2025) et « diagnostiquer » la vulnérabilité (février 2026), ce module présente 24 solutions concrètes et chiffrées (Opex, Capex, coûts bénéfices…) pour faire face à cinq aléas majeurs, enrichies de retours d’expérience. Une sorte de boîte à outils permettant à chaque magasin d’identifier les solutions opérationnelles les plus appropriées (curatives, préventives, transformationnelles) pour assurer leur résilience et planifier les investissements nécessaires. Perifem n’en est pas à son coup d’essai. Dès 2025, la fédération technique des acteurs du commerce avait anticipé ces enjeux avec une démarche qui s’inscrit aujourd’hui dans la mesure 41 du PNACC-3. « Avec ce référentiel, le commerce et la distribution franchissent une étape décisive : celle du passage à l’action. Notre ambition est de donner aux enseignes des solutions opérationnelles, qu’elles soient techniques, organisationnelles ou fondées sur la nature, adaptées à leurs sites et à leurs contraintes », explique Christine Bourge, responsable environnement de Perifem.
C’est quoi l’adaptation ? Jusqu’ici, les enseignes ont travaillé sur l’atténuation, autrement dit la décarbonation où il s’agit de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le changement climatique. La plateforme LESS de Perifem embarque, par exemple, les fournisseurs et les distributeurs dans cette démarche. « C’était une vraie nouveauté dans le Scope 3 et les enseignes poursuivent leurs efforts sur ce sujet », souligne Franck Charton, délégué général de Perifem. Désormais s’ouvre une autre étape, celle de l’adaptation où l’on cherche à réduire la vulnérabilité aux effets du changement climatique. Les deux démarches sont associées et complémentaires. « Pour simplifier, la décarbonation s’appuie sur une vision macro. Avec l’adaptation, nous sommes à l’échelle locale », résume-t-il. Et Christine Bourge de compléter : « La résilience du magasin ne peut se construire isolément : elle suppose une coopération étroite entre acteurs économiques et collectivités, à l’échelle des territoires ». De son côté, le président de Perifem, Bertrand Swiderski, souligne que « la réglementation nous impose une accélération incroyable de la décarbonation ». Pour le secteur du commerce, on parle de 18,5 Mds€ d’investissement avant 2030. « En revanche la réglementation a un petit angle mort : l’adaptation au changement climatique n’est pas prévue, mais elle va demander des investissements massifs », précise-t-il.
L’adaptation est un investissement Le premier volet du guide sectoriel de Perifem a permis de comprendre que tous les sites sont exposés aux risques climatiques, certains étant soumis à plusieurs aléas. Deuxième enseignement : « L’adaptation n’est pas une dépense, mais un investissement, insiste Christine Bourge. Pour être efficace, elle doit conjuguer les bâtiments résilients, des solutions fondées sur la nature et des collectives à l’échelle des territoires ». La Caisse centrale de réassurance (CCR) a établi, en 2024, que chaque euro investi dans la prévention permettrait d’éviter, en moyenne, 4 € de dommages. Avec des coûts parfois élevés : jusqu’à 500 000 € de dégâts matériels pour une inondation, auxquels s‘ajoutent jusqu’à 50 000 € de pertes par jour d’interruption d’activité. Aujourd’hui, les assurances remboursent. Continueront-elles à le faire demain dans les mêmes conditions ? Selon Emmanuel Pierrot, directeur des risques climatiques et modélisation chez Bpifrance, « les sinistres climatiques ont coûté 6,5 Mds€ aux assureurs français en 2023 ». Et la CCR anticipe une hausse de 40 % des dépenses d’ici 2050 (60 % en intégrant la croissance future des assurés). « Lorsque le nombre de sinistres augmente significativement et durablement, trois possibilités s’offrent aux commerçants : augmentation de la prime, augmentation de la franchise ou exclusion », observe Antoine Poincaré, directeur Climate School, AXA Climate, dans le guide Perifem. De son côté, France Assureurs estime à 35 % le surcoût des assurances liées au changement climatique d’ici 2050. La multiplication des aléas a changé le regard des entreprises sur leur





