
Le mercredi 21 janvier, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a auditionné Philippe Palazzi, directeur général du groupe Casino, sur la situation et les perspectives de développement du groupe, les questions d’évolution des modes de distribution et de consommation, ainsi que les relations avec l’amont des filières s’agissant notamment des produits alimentaires.
En préambule, Philippe Palazzi a tenu à rappeler aux députés le contexte du secteur de la distribution « bouleversé par des changements structurels majeurs avec la remise en question et la décroissance du modèle des hypermarchés, des attentes clients de plus en plus tournées vers la proximité, la praticité et les circuits courts ». Le directeur général du groupe Casino a également mentionné le ralentissement de la consommation avec un pouvoir d’achat qui continue de baisser dans un contexte qui reste inflationniste « et une concurrence entre les distributeurs fondée sur les prix les plus bas, au lieu d’une concurrence saine fondée sur la différenciation, la création de valeur et le service rendu aux consommateurs ».
Philippe Palazzi a affirmé comprendre les préoccupations exprimées par le monde agricole, tout en soulignant que « notre secteur est avant tout en grand danger. Il est également bouleversé par l’essor massif d’acteurs du hard-discount sur l’alimentaire, mais également sur le non alimentaire, avec des acteurs qui cassent les prix avec des produits importés ». Citant Shein et Temu, le dirigeant a insisté sur la « véritable déstabilisation du marché non alimentaire, et en particulier du textile, qui aura un impact sur le commerce de proximité ».
« L’avenir, c’est la petite distribution »
Le directeur général a ensuite évoqué la restructuration du groupe Casino, avec une stratégie de redressement « pour le sauver, le redresser puis le développer aujourd’hui ». A fin 2024, le groupe Casino comprenait 7 marques (Monoprix, Franprix, Casino, Naturalia, Vival, Spar et Cdiscount) et réalisé un volume d’affaires de 12,5 Mds (8,5 Mds€ de CA), dans plus de 7 000 points de vente dont 85% en franchise. Le groupe emploie 25 000 collaborateurs et environ 40 millions de Français sont à moins de 10 mn de l’un de ses points de vente. Ce qui en fait un acteur clé du commerce de proximité. « Il faut rompre l’isolement en zone rurale. J’ose dire que le groupe Casino, c’est le service public de l’alimentation », a-t-il affirmé.
Le dirigeant a rappelé que le plan stratégique du groupe s’appuie sur trois marchés clés. Le premier concerne les courses alimentaires du quotidien. « La part de marché du commerce de proximité ayant augmenté de 70% en 10 ans, nous avons fait le choix de quitter le commerce d’éloignement pour devenir le champion du commerce de proximité. Et les faits nous donnent raison. Alors que les hypermarchés déclinent irrémédiablement, la proximité progresse. Notre modèle, c’est celui de magasins à taille humaine, ancrés dans leur quartier ou dans leur village, et portés par des entrepreneurs indépendants qui connaissent leurs clients ». Philippe Palazzi a convenu que le groupe a été obligé de vendre ses hypermarchés et supermarchés qui étaient un foyer de pertes de plusieurs centaines de millions d’euros pour se reconcentrer sur le commerce de proximité : « L’avenir de la distribution, ce n’est plus la grande distribution, c’est bien la petite distribution. »
Les autres piliers de la stratégie misent sur la restauration à emporter et globalement les services, comme la camionnette Casino avec des produits essentiels du quotidien, l’offre de cashback dans les territoires isolés ou les points de retrait de colis. « Sur ce marché, les PME sont nos meilleurs partenaires : elles sont réactives, innovantes, et partagent notre volonté d’inventer une restauration simple, qualitative et responsable », a-t-il indiqué.
Alliances européennes
Philippe Palazzi a également précisé le fonctionnement des alliances européennes à l’achat dont le groupe fait partie, une question récurrente des députés. « Pour une partie de ses achats, Casino est affilié à Intermarché au sein de la centrale Aura qui négocie avec les grandes marques nationales de PGC et FLS, soit environ 80 fournisseurs ». Le dirigeant a rappelé l’intégration d’Aura, en août 2025, à l’alliance européenne Everest qui nous a « permis de mettre en place un schéma pragmatique et efficace afin de négocier les conditions d’achat des très grands industriels alimentaire internationaux c’est-à-dire à peu près 52 grosses multinationales. C’est un schéma de fonctionnement classique qui s’appuie sur la massification ».
Favorable à un traitement différencié des PME au niveau législatif
Philippe Palazzi a insisté devant les députés, inquiets sur la situation des petites entreprises dans le cadre des relations commerciales, sur la frontière entre grands groupes et PME : « Casino conserve et développe un lien privilégie avec les PME et les ETI. Casino garde la main. Nous sommes en lien direct avec les PME, les producteurs locaux et les filières responsables. Nos négociations sont pilotées directement par la direction achats du groupe Casino. Les PME ne sont pas éclipsées par les grands groupes. Elles sont au cœur de notre modèle et de notre différenciation ». Le dirigeant a d’ailleurs tenu à souligner que « le groupe Casino sait ce qu’il doit aux PME qui l’ont soutenu et ont été fidèles au plus dur de notre phase de restructuration, à l’époque où certaines grosses entreprises industrielles ont été plus distantes, si vous me permettez cette litote ». Dans le cadre des futurs travaux législatifs français et européens, Philippe Palazzi a réitéré la position du groupe Casino : « Nous sommes favorables à un traitement différencié des PME. Nous soutenons la simplification des relations commerciales avec les PME et une date butoir différenciée. C’est l’esprit de la charte sur les relations commerciales que nous avons signée récemment ».
Philippe Palazzi s’est dit attentif à la loi Egalim : « Nous la soutenons, même si j’ai la conviction qu’elle peut encore être améliorée et simplifiée ». Le dirigeant a notamment évoqué la question de la date butoir des négociations. « Son annulation permettrait d’apaiser les négociations commerciales », rappelant que pour ses MDD, les négociations se font au fil de l’eau, toute l’année, « et cela se passe très bien. Cela nous permettrait de négocier les produits, et surtout les matières premières agricoles, tout au long de l’année et non une fois par ans. Je préfère parler de la tomate en saison plutôt qu’en janvier ».
Local et origine France
Le directeur général a aussi rappelé les engagements du groupe Casino en matière d’alimentation saine et durable et de souveraineté alimentaire. Le groupe Casino a fait le choix de privilégier l’origine France dès que cela est possible afin de soutenir durablement l’agriculture et ses territoires. Quelques exemples : l’origine France concerne 100% des œufs, du lait, de la farine, des produits laitiers, de la viande brute (bœuf, porc, volailles) ou encore des chips, vendus sous ses marques de distributeur. Idem sur les fruits et légumes dont la priorité est donnée à l’origine France et aux produits régionaux. Environ 2/3 de l’offre du groupe Casino est française, ce qui représente près de 65% des volumes vendus. Cette part varie évidemment selon les saisons : elle peut approcher 80% en été avec des produits comme les pêches ou les melons, et se situer autour de 60% en hiver, puisque certains fruits, comme les agrumes par exemple, ne sont pas produits en France.
Shein, Temu & co
Philippe Palazzi a aussi tenu à rappeler que le groupe Casino avait été un des premiers à prendre position pour interdire les plateformes telles que Shein tant que les Européens n’auront pas légiféré. « Si seuls les Français mettent des barrières, les plateformes contourneront en passant par d’autres pays, a-t-il souligné. Ce serait insuffisant. Or, elles représentent un vrai danger. Je ne parle pas juste du commerce de proximité alimentaire. C’est un vrai danger aussi pour toutes les petites boutiques de centre-ville ou de village qui se voient concurrencées de façon déloyale avec des produits non conformes. Je pense qu’il faut prendre des mesures drastiques à l’encontre de ces plateformes asiatiques ».
C.B.












